BILLY WILD
CÉKA & Guillaume GRIFFON
(Akileos ; 1 tome sur 2 paru)



Ornicar ? Non : Linus. Je vous rassure, point de grammaire ici. C’est simplement le titre du 1er volet de ce diptyque qui me fait penser à la sempiternelle phrase mnémotechnique sur les conjonctions de coordination : « Mais où est donc Linus ? ».

Bref. Imaginez-vous dans un western gothique, où le mythe du pacte faustien est revisité à la sauce pistolero (mais pas spaghetti). Vous êtes au Darkwest, aux côtés de Billy Wild, chasseur de prime invincible aux quelques 240 victimes… Alors qu’il s’appelait encore Hans Güt, gamin raillé par tous dans son bled de Holtown (comprendre Ploucville), il rencontre le Dr. Linus, colporteur charlatan en élixirs au faciès patibulaire d’un Violator/Malebolgia (dans le comics Spawn) ; et tout bascule… Il devient Billy Wild, la terreur du Darkwest, à la solde de l’élixir d’immortalité de Linus : mais lorsque ce dernier disparaît, Billy perd de son pouvoir…

Petit pitch pour grosse claque ! Honnêtement, je me remets difficilement de la lecture de Billy Wild : je ne me lasse pas de le parcourir… Tout y est : récit haletante mené d’une main de maître par Céka, narration optimale en flash-back avec des dialogues coupés aux ciseaux et une voix-off omniprésente mais pas pesante nous laissant entrer dans la tête de Billy, le tout suffisamment dosés pour laisser la part belle aux non-dits.

Le découpage et la mise en page sont autant de gageure de cet excellent album ! Pleines pages enivrantes, séquences muettes où le dessin trouve toute sa force, plans minutieux apportent leur lot de qualité et de fluidité de lecture.

Quant au graphisme de Griffon (également connu sous le pseudo de Sthrad), il est tout simplement magistral dans un noir et blanc bien maîtrisé, un dessin décharné et efficace tel un couteau qui taille littéralement des portraits, que dis-je, des gueules sorties d’un « freak show » entre Tod Browning et Elephant Man, pour mieux nous immerger dans ce Darkwest, miroir fantastique d’un Far West désincarné. C’est la rencontre de Steinbeck, Leone et Carpenter : mélange de poussière, de western fort en gueules et de fantastique manichéen.

Bon, vous l’aurez compris, j’ai adoré ce qu’ont réalisé Céka et Griffon pour les éditions Akileosavec ce Billy Wild, sauvage et humain, blanc et noir. La seule couleur, ce sont les trois taches sanguinolentes de la couverture : même elle, dans sa sobriété maculée, est parfaite !

Une claque, je vous dis !


Dans la famille (plus ou moins) proche :
  • Spawn, Todd McFarlane & Cie (Delcourt Comics / Image)
  • The Goon, Mike Powell (Delcourt, coll. "Contrebande")
  • Gunman, Gabriel Delmas & Yacine Elghouri (Carabas)
  • La Piste des Ombres, Tiburce Oger (Vents d’Ouest)
  • La Tour Sombre, Stephen King (J'ai Lu ; 7 tomes)



    En parlant de western original, je me dois d’évoquer d’autres albums qui dépoussièrent le genre de manière plus humoristique et parus (plus ou moins) récemment ; comme ça, en passant :

    - le farfelu Big Foot (1 tome) de l’excellent Nicolas Dumontheuil (Futuropolis) ;
    - le viril Gus (1 tome) du doué Christophe Blain (Dargaud) ;
    - le surprenant Butch Cassidy (2 tomes) du triptyque Brrémaud, Bruno Duhamel et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches (Vents d’Ouest) ;
    - l’inénarrable Lincoln (4 tomes) du clan Olivier, Jérôme et Annie-Claire Jouvray (Paquet) ;
    - le cynique Kochka (2 tomes) des inspirés Brrémaud et Bruno Duhamel (Paquet) ;
    - le burlesque Outlaw (4 tomes) du duo Dieter et Xavier Fourquemin (Glénat).

    Si vous en avez d’autres que j’ai oubliés, n’hésitez pas à les ajouter en commentaire !


    1. Commentaire de cedric le 06 février 2007 à 17h54
    Bien aimé le Big foot volume 1 ! Je vais donc attendre le tome 2 avec impatience !

    2. Commentaire de Largo84 le 10 février 2007 à 18h31
    J'ai adoré Gus, un peu moins Big foot, mais cela reste quand même du bon western !

    3. Commentaire de largo84 le 28 février 2007 à 18h11
    Sur les conseils de Richard, j'ai acheté Billy Wild et je ne le regrette pas. Encore merci pour tout et SO LONG RICHARD

    4. Commentaire de Richard (La Pistache) le 01 mars 2007 à 00h29
    Merci "Largo84" pour ta confiance ! Comme quoi : on peut diverger sur les choix de primés angoumois, et avoir des coups de coeur communs ;-) Toute la richesse du 9e art : critique, foisonnant mais toujours convergeant, à un moment ou un autre (sans tomber dans le consensus mou du bulbe...). Le phylactère reste notre "bulle" d'air : en tout cas pour moi plus que jamais ! See you...

  • Rédigé par Richard
    Mis en ligne le 05 février 2007