FRAGMENTS DE L'ENCYCLOPÉDIE DES DAUPHINS
Miguelanxo PRADO
(Mosquito)


Et si l’avenir de notre humanité nous était conté ? Mais pas seulement : comment a-t-elle concrètement évolué durant les 10 000 prochaines années ? Il ne s’agit pas de planter le lecteur dans un moment précis du futur, sans savoir le pourquoi du comment l’homme en est arrivé là…

« Singes nous étions, singes nous retournerons »

Non. Avec l’Espagnol virtuose Prado, c’est justement là-dessus que l’accent est mis : la course hasardeuse et (science-)fictive de notre planète durant ces millénaires, jusqu’à la fin de l’humanité telle qu’on la connaît aujourd’hui, au profit de l’intelligence des cétacés et à la prise de pouvoir des dauphins, le tout transmis par les simiens… À l’instar de l’aphorisme chrétien « On est poussière et on redevient poussière », la version plus scientifique(-fiction) de Prado serait donc : « Singes nous étions, singes nous retournerons », comme pour soutenir la théorie darwiniste face aux spéculations fallacieuses créationnistes (mais je m’égare…).

En quelques récits, sous un trait fin et précis noir et blanc, Miguelanxo Prado souligne l’absurdité humaine, sa concupiscence, son ambition démesurée et son emprise sur la nature, tant celle qui l’entoure que la sienne propre, modifiée à son gré pour créer (par exemple) des êtres doués de pouvoirs psychiques.

Fable d’anticipation à la fois humaniste, écologiste, lyrique, satirique, ironique, au ton toujours juste de l’auteur espagnol, Fragments de l’Encyclopédie des Dauphins a ouvert des voies à la science-fiction cloisonnée dans des schémas parfois manichéens. Publiées dans l’hexagone en 1988 aux Humanos mais réalisées entre 1982 et 1984 alors que Prado, jeune architecte de 25 ans, était inconnu du public, ces chroniques d’une humanité à la dérive annonçaient son genre narratif, empreint d’un regard mordant simultanément réaliste et caricatural sur l’absurdité de notre espèce, et un dessin unique car multiple, n’appartenant à aucun courant graphique. Son travail a d’ailleurs maintes fois été récompensé, notamment à Angoulême par l’Alph-Art du meilleur album étranger en 1994 pour Trait de Craie.

Dans leur travail « rééditorial » de classiques du 9e art hispanique ou transalpin injustement oubliés ou épuisés (Battaglia, Toppi, Pellejero & Zentner, Micheluzzi, Berardi & Milazzo), les éditions Mosquito ont donc choisi de retraduire Miguelanxo Prado et de le faire (re)découvrir au public. Avec les nouvelles moutures de ses Chroniques Absurdes chez Dupuis, il voit son œuvre remise au goût du jour. Il demeure un auteur majeur de la bande dessinée contemporaine. Si vous ne l’avez jamais lu, ne boudez pas votre curiosité…

Dans la famille proche :
  • Le Grand Pouvoir du Chninkel, Van Hamme & Rosinski (Casterman, coll. "Les Romans "Ă€ Suivre"")
  • Demain les Chiens, Cliford D. Simak (J'ai Lu)
  • La Planète des Singes, Pierre Boulle (Pocket)
  • Chroniques Martiennes, Ray Bradbury (Folio)
  • 2001, l'OdyssĂ©e de l'Espace, Arthur C. Clarke (J'ai Lu) & Stanley Kubrick


    En 1988, après Chienne de Vie, Demain les Dauphins (titre initial de Fragments de l’Encyclopédie des Dauphins) a été le deuxième album de Prado publié en France, par les Humanoïdes Associés au sein de la collection Roman Graphique. Avec certains albums marquants (Le Ventre du Minotaure de Beltran, Adam Sarlech de Bézian, 3615 Alexia de Boilet, Le Syndrome du Hérisson de Petit-Roulet & Martiny, Mémoires Horrifiques et Burlesques d’un Tueur de Seyer…), cette collection a accueilli deux autres titres de l’Espagnol : C’est du Sport (1989) et Stratos (1990).

    Aujourd’hui, Chienne de Vie et C’est du Sport, avec Y’a Plus de Justice (Les Humanoïdes Associés, 1991) et Quotidien Délirant (Casterman, 1996), ont été recompilés en quatre tomes sous le titre Chroniques Absurdes, dans l’ordre voulu par Prado, le tout sous l’égide de Claude Gendrot (ancien éditeur de Prado aux Humanos et ex-directeur éditorial de Dupuis, aujourd’hui directeur de collection chez Futuropolis), au sein de la collection Expresso de Dupuis. Ses titres étaient originellement parus sous deux albums en Espagne : Quotidiana Delirante et Cronicas Incongruentes. Qu’on se le dise…


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  • Rédigé par Richard
    Mis en ligne le 24 septembre 2006