KASPAR
OBOM
(L'Oie de Cravan)



Attention ! Ceci n’est pas la version moldave d’un gentil fantôme prénommé Casper ! Que nenni ! Loin d’être une version ectoplasmique, Kaspar Hauser est bel et bien réel ; enfin, l’a été. Au début du XIXe siècle, il a vécu reclu dans une chambre obscure pendant les seize premières années de sa vie, ne voyant sur la fin de son enfermement qu’un homme venant lui apporter lui-même les repas et lui enseignant le mot « cheval », l’écriture de son nom et, chose toute bête à priori, lui apprenant à marcher. L’homme mène finalement Kaspar sur la place publique de Nuremberg, lui remet une lettre de recommandation à un capitaine d’escadron, et lui apprend une dernière phrase : « Je voudrais devenir cavalier comme mon père l’a été »...

Kaspar Hauser est un personnage atypique de l’Histoire. Il ne l’a en rien marqué en tant que figure panthéonesque, mais en tant qu’EHNI : être humain non identifié. En effet, son existence est un mystère : on ne sut jamais rien de lui. Déshumanisé de nature, l’« Orphelin de l’Europe » comme l’appelait alors la presse, réussit néanmoins à apprendre les civilités, jusqu’à ce qu’il meure tristement assassiné à l’âge de 21 ans. Sur sa tombe est d’ailleurs inscrit « hic occultus occulto occisus est » : « ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu ». Tout un symbole...

« Bon l’histoire de Kaspar Hauser, c’est bien sympa me diriez-vous ; mais elle est où la BD là hein ? » J’y viens. Cet énigme a déjà inspiré bien des arts, du cinéma (Werner Herzog) à la poésie (Verlaine), en passant par la littérature (Françoise Dolto), le théâtre et la musique ; mais jamais le 9e (celui autoproclamé par Morris : remember a poor lonesome cowboy). Et pourtant, c’est une cinéaste qui s’y colle la première. Enfin, Obom, de son vrai nom Diane Obomsawin, est plutôt une touche-à-tout : entre Montréal, la France et New York, elle est passée par le graphisme, la peinture, l’illustration, l’animation et le cinéma en faisant deux passages dans la bande dessinée. Kaspar est son deuxième opus, dix ans après Plus Tard, également paru chez les éditions canadiennes (et même québécoises) de L’Oie de Cravan. Dans un style naïf et tendre à l’instar de la rennaissance et de la virginité de Kaspar, la Canadienne nous entraîne au fil des cases vers la tragique destinée de cet « énigme de son temps », sur un velours de gris clairs/foncés parsemé de blanc. Épuré, mais reproduisant des écrits de Hauser lui-même, Kaspar est un album sensible et drôle (tant amusant que bizarre) qui se lit, s’apprécie, et donne envie de le relire tant cette histoire est contée, au sens littéral du terme ; sauf que ce n’est pas une légende.

Et cerise sur le gateau, L’Oie de Cravan nous gratifie d’un sympathique objet. L’album, tiré à 700 exemplaires, bénéficie d’une très belle couverture sérigraphiée !

Je vous fait le tout à 12 euros m’sieurs dam’. L’essayer, c’est l’adopter !


Dans la famille (plus ou moins) proche :
  • Ceux de l'Ouest, Maga (CastagniĂ©Ă©Ă©)


    Si vous voulez en savoir plus sur le personnage de Kaspar Hauser, ça peut se passer ici.

    Vous pouvez découvrir le catalogue hétéroclite de L'Oie de Cravan par là.

    Pour connaître un peu mieux le travail et les univers de Diane "Obom" Obomsawin, vous pouvez cliquer sur ces liens :
    http://www.onf.ca/animation/objanim/fr/films/film.php?sort=title&id=50995
    http://club-culture.com/cinema/coat.htm
    http://www.nfb.ca/portraits/diane_obomsawin/fr/


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  • Rédigé par Richard
    Mis en ligne le 15 novembre 2007