MISSY
Benoît RIVIÈRE & Hallain PALUKU [couleurs : SVART]
(La Boîte à Bulles, coll. "Champ Libre")



Enfin de la rondeur dans ce monde où les formes, tant féminines que dessinées, s'alignent sur ce qu'on nous étale le plus facilement sous nos yeux de consommateurs : l'anorexie des "modèles" et le consensus graphique vendeur !

Eh bien pour une fois, les personnages d'une BD n'ont justement pas de visages : ni yeux, ni bouche, ni oreilles, ni nez, ni cheveux, ni rien. Ils ont simplement leurs vêtements, quand ils en portent, et leurs émotions. Car lorsque Missy se dénude pour ses messieurs dans le cabaret nocturne, elle se met véritablement à nu et dévoile en sus ses sentiments. Même si ce sont ses rondeurs qui lui permettent de travailler en les exhibant, elle se sent grosse et ne supporte plus d’être uniquement un objet sexuel tant pour son public « testostéroneux » que pour les hommes qu’elle entraîne chez elle et qui filent tous en douce au petit matin, le claquement de la porte comme seul remerciement d’un abandon charnel… Pourtant, elle est la coqueluche de ces strip-teases gérés par l’avide Dud qui ne voit en elle que la recette qu’elle génère tous les soirs grâce à ses formes plantureuses. Lasse d’être un objet de fantasme et mal dans sa peau, Missy rêve de devenir plus sculpturale, à l’instar des filles sur papier glacé…

Après quelques pages muettes, le récit s’enchaîne telle une tranche de vie vers laquelle notre voyeurisme nonchalant nous entraîne, sans pudeur ni retenue. On découvre la mélancolie de Missy, sans jamais tomber dans la pathétique compassion qui ferait de cet album un cliché de trop. Le dessin lisse et rond de Paluku rehaussé des couleurs chaudes de Svart donnent à Missy une lecture sensuelle, dans laquelle l’absence des traits des visages renforce les dialogues ciselés juste comme il faut par Rivière. L’émotion qui en ressort n’en est que plus exacerbée, afin de ne pas s’attarder sur des faciès enclins à nous apitoyer sur le sort de Missy.

Une fois de plus, La Boîte à Bulles réussit à surprendre. Dans son petit format souple et avec en prime une très belle couverture épurée, Missy est véritablement un album envoûtant qu’il faut lire pour en retenir toute son originalité et sa magie. Mais c’est mon avis et je le partage.



Auteur congolais tout juste trentenaire, Hallain Paluku réalise avec Missy (personnage qu’il a imaginé depuis 1999 et dont le nom fait écho à la rappeuse Missy Elliott) son premier album complet, au côté d’un nouveau scénariste dont c’est également la première BD, Benoît Rivière (avant de publier un polar chez Delcourt en 2007). Le troisième luron, Fabrice Gagos alias Svart, a déjà estampiller de sa belle palette de couleurs deux albums jeunesses décalés et intelligents aux côtés de Tarek et Morinière (Les 3 Petits Cochons et Les 7 Nains et demi, Editions Emmanuel Proust).


1. Commentaire de Largo84 le 01 décembre 2006 à 16h33
Trés bonne BD trés bien déssiné dans un nouveau style. Le seul regret, c'est un one-shot, mais cela augure de bons albums à venir...

2. Commentaire de Benoît Rivière le 02 décembre 2006 à 20h38
Bonjour à la pistache, site dont j'ignorais l'existence.
Juste un mot pour vous remercier de la belle chronique écrite sur Missy dont j'ai écrit le scénario !

3. Commentaire de La Pistache le 05 décembre 2006 à 23h27
Ouah... Un auteur nous répond et apprécie le site !
Merci Benoît pour ton bon goût ;-)
Et si tu passes dans le coin de La pistache, sache que le café est toujours chaud !

4. Commentaire de Benoît Rivière le 13 décembre 2006 à 22h11
Merci pour la café ! Je repasse de temps en temps et j'apprécie vraiment le site, joli édito de Noël.

Rédigé par Richard
Mis en ligne le 19 novembre 2006